FSC-Watch

An independent observer of the Forest Stewartship Council

Scandales dans la famille Forest Stewardship CouncilTags: Worldwide, Certifier conflict of interest, Plantations, Mixed sources labelling, All certifiers

(This posting is reproduced from a article in the Courrier de la Planète.)

Ce texte est extrait d'une interview donnée par Simon Counsell au site Mongabay.com le 17 avril 2008. Cette interview faisait suite à celle de Nina Haase, responsable de la communication du Forest Stewardship Council (FSC), publiée sur le même site dix jours plus tôt et réalisée en réponse aux nombreuses critiques formulées à l'encontre du système de certification FSC.

Scandales dans la famille Forest Stewardship Council

J'ai été l'un des membres fondateurs du Forest Stewardship Council (FSC) et j'ai suivi le processus depuis sa mise en oeuvre en 1993. Peu de temps après sa création, nous avons commencé à recevoir des rapports inquiétants sur les agissements de sociétés forestières certifiées par le FSC. Des entreprises affichant de très mauvais résultats en termes environnemental et social obtenaient malgré tout des certificats. En 2000, nous avons chargé un groupe d'experts locaux et internationaux de mener l'enquête. Les résultats ont été alarmants et nous avons compris que nous n'avions pas affaire à quelques cas isolés de mauvaise certification mais à une défaillance inhérente au système FSC. Les resultants détaillés de ces études ainsi que nos recommandations pour améliorer la fiabilité du FSC, publiés dans le rapport Trading in Credibility, demeurent encore vrai aujourd'hui.

Un des problèmes mis en evidence est que le FSC ne prend en compte la qualité de la production de bois qu'à l'échelle de l'unité de gestion forestière - généralement une entreprise voire seulement un service. Mais si une concession forestière peut paraître "durable" à petite échelle, le modèle de développement des concessions d'exploitation industrielle dans leur ensemble peut, lui, se révéler hautement "non durable" et destructeur. Dans ce cas, le FSC sert alors à légitimer une approche de la gestion forestière qui est fondamentalement biaisée.

Des plantations certifiées

Pour les plantations, le problème vient de ce que le FSC n'a pas réussi à reconnaître que ce qu'il certifie, dans la plupart des cas, est une parodie de la notion de forêt. Elles ne présentent aucune biodiversité, n'apportent aucune valeur sociale ou culturelle et, souvent, ne fournissent que très peu de services environnementaux. En d'autres termes, elles ne possèdent aucune des caractéristiques des forêts et seraient mieux décrites comme des "usines en plein air de fabrication de fibres".

Une des plus graves erreurs commises par le FSC a été sa politique de labellisation des "sources mixtes". Le FSC autorise ainsi la certification de produits utilisant jusqu'à 90% de fibres ne provenant pas effectivement de forêts ou de plantations certifiées FSC mais de sources soidisant "contrôlées". La vérité est que ces sources ne sont pas du tout "contrôlées" et que, par la même, le FSC prend le risque de voir beaucoup des produits portant son label provenir d'exploitations forestières illégales.

Un défaut de représentativité

À la fin des années 1990, la Rainforest Foundation a aidé des ONG indonésiennes à déposer une plainte formelle auprès du FSC à propos d'un certificat octroyé à une compagnie exerçant dans les forêts humides de Sumatra. Nous disposions de preuves importantes des violations commises par l'entreprise, notamment l'abattage illégal d'arbres et des conflits avec les communautés locales. La plainte a mis quatre ans à être traitée pour aboutir seulement à ce que le FSC s'engage à faire plus de vérifications. L'entreprise, elle, a conservé son label.

Il est impossible pour la plupart des ONG , en particulier celles des pays en développement, de s'engager dans un processus de plainte aussi long et aussi coûteux. Ce dernier est donc, par essence, biaisé en faveur de ceux qui émettent les certificats et de leurs clients forestiers.

À ma connaissance, le FSC n'a jamais retiré un certificat en réponse à une plainte (bien que ceci soit difficile à établir, car le FSC tient secret la plupart des informations à propos des certificats retirés). Théoriquement, il existe aujourd'hui des processus de plainte plus simples, mais leurs règles n'ont toujours pas été expliquées aux membres du FSC...

Comme beaucoup d'environnementalistes, les groupes autochtones entretenaient de grands espoirs au début du FSC, qui offrait pour la première fois une possibilité de dialogue avec les gestionnaires de forêts. La désillusion n'a fait que croître quand le FSC s'est révélé incapable de protéger leurs droits. Comme les organisations environnementalistes, les défenseurs des populations autochtones ont trouvé difficile de consacrer au FSC le temps et les efforts nécessaires pour "rester dans le jeu", en particulier à partir du moment où le FSC a constamment changé ses règles et ses orientations. Ainsi, les intérêts de l'industrie sont progressivement devenus proéminents au fil des ans.

Un des plus importants biais du système FSC vient de ce que ce sont les entreprises qui veulent être certifiées qui engagent et paient ellesmêmes les organismes certificateurs. Cela signifie que les certificateurs ont un intérêt économique propre à accorder des certificats, même lorsque leurs clients ne les méritent pas. La compétition ouverte entre les nombreux certificateurs FSC pour les contrats tend à tirer vers le bas les normes de certification: certains certificateurs essaient de se montrer plus généreux que leurs concurrents pour augmenter leur part du marché. Le FSC est ainsi devenu le "Enron de l'exploitation forestière" et ne pourra regagner la confiance des ONG qu'au prix d'importantes réformes.

Comments

No comments yet.

No backlinks yet.

Add a comment

Please leave these fields blank (spam trap):

No HTML please.


You can edit this comment until 30 minutes after posting.

< 169 older entries49 newer entries >